• Dans une petite chambre d’un appartement à peine meublé de la banlieue Ouest, allongée sur le matelas tout neuf que l’on vient à peine de me livrer et cernée d’une multitude de cartons à peine déballés. Ça fait un bon moment que je contemple les volutes de poussière qui virevoltent dans la percée de soleil entre les rideaux. La lumière a changé trois fois de teinte depuis le début de ma contemplation et est désormais remplie de reflets orangés. Je reprend lentement conscience du temps qui passe. Depuis combien de temps je suis allongée là ? Je me relève lentement, attrape mes malboros et secoue le paquet. Pratiquement vide. J’écarte un des rideaux du dos de la main. Il ne doit pas être plus tard que 18 heure mais le soleil est déjà bas. J’ai faim. Ça me rappelle que le frigo est vide et pas encore branché. La rue en bas, qui se pare de ses habits d’automne, ressemble au décor d’un rêve dont je n’arrive pas à me souvenir et me laisse une drôle d’impression dans le ventre. Je ne veux pas sortir. Qui aurait cru que je me retrouverai précisément dans ce quartier ?
    Pour ne pas hésiter plus longtemps, je m’élance littéralement vers l’entrée mais trébuche sur un des lourds cartons qui déverse son contenu sur le sol. Ah, merde ! Je jette un regard furieux à la multitude de petits objets futiles que j’ai du fourrer dans le carton sans réfléchir et pendant un instant j’ai une furieuse envie de tout balancer. Je ramasse en hâte le bazar, prenant à pleine main différents objets sans les distinguer et les jetant pêle-mêle dans la boite. Je ne m’attarde, presque malgré moi, que sur un seul d’entre eux : la photo joliment encadrée d’une jeune femme brune d’une trentaine d’année, look bohème, étrange, qui me ressemble un peu. Je parcours un moment des yeux les traits joyeux du visage de ma mère, jusqu’à ce que mon attention soit attiré par un petit objet brillant sur le sol. Je saisis délicatement entre mes doigts une fine chaîne en argent agrémentée de deux pendentifs enfantins. L’un représente une étoile blanche et l’autre une note de musique, une double croche noire. La vache, ça fait un baille que je les avais pas vu ces deux là, comment ça se fait qu’ils soient dans mes cartons. Je passe la chaîne autours de mon cou et galère un moment à attacher le petit fermoir. Je me rend dans la salle d’eau attenant à la chambre et me poque devant le miroir au-dessus du lavabo. Pendant de longues secondes, moi et mon reflet, on se regarde sévèrement. La chaîne est trop serrée maintenant et ce n’est plus vraiment le genre d’accessoire que je porte. Je reste un long moment à fixer le miroir, l’esprit ralentie par une soudaine lassitude et une profonde mélancolie, quand la sonnerie de mon portable me sort de ma torpeur en hurlant une vieille chanson d’Alice Cooper : « THE TELEPHONE IS RINGING … ! ». Je me précipite dans la chambre, me jette sur le matelas afin d’attraper mon téléphone et décroche précipitamment. 

    Léo – Uncle Tonny ? 

    Tonny – Hi, Léo! How are you ? Have you finished unpacking your stuff ?

    Je regarde les cartons entassés autours de moi, encore fermés. 

    Léo – Yeah… I did, no problem. 

    Tonny – I and Saïd miss you very much, you know.

    Je parviens à retenir un soupir.

    Léo – Uncle, I just left two days ago …

    S’ensuit une interminable suite de conseils et d’avertissements : ne pas oublier de bien manger, et bien réfléchir à ma spécialité à l’université, et me coucher tôt pour être en forme demain, et essayer de me tenir à carreau cette fois, et … 

    Léo – Uncle Tonny, I have to go to the store. I haven’t eaten yet. 

    Tonny – Oh, okay. Bye bye then, I call you later. 

    Léo – Sure, love you, bye bye.

    Je raccroche avant qu’il puisse rajouter quoi que ce soit, jette mon portable à l’autre bout du matelas et laisse échapper un long soupir. Mince, je ne pensais pas qu’ils me manqueraient autant. Juste en entendant sa voix, j’ai l’impression d’avoir une boule brûlante dans la gorge. Un sentiment de culpabilité. Je suis partie de la maison sans même donner d'explication à mon oncle. Ni même à son mari qui m'a pratiquement élevé. J’ai l’impression d’étouffer, faut que je sorte. Je me lève d’un bond, attrape ma veste en cuir et sors en claquant la porte.


    En quelques seconde je suis rendue en bas, je m’allume une clope et je profite des derniers rayons de soleil en me promenant dans le rues du quartier, un peu perdue. Les rues me semblent familières mais en même temps complètement étrangères. Je ne peux pas m’empêcher de regarder tout autours de moi à la recherche d’un détail, d’un souvenir. Enfin je m’arrête devant une majestueuse grille défraîchie marquant l’entrée d’un immense parc. Finalement, ça n’a pas tellement changé ici…

    Je reste un moment contemplative devant les grands arbres derrière lesquels le jour disparaît. Soudain à l’ombre, sans soleil pour me réchauffer, je frissonne. Qu’est-ce-qui m’a pris de sortir avec seulement une veste sur le dos en plein mois de novembre ?! Et c’est quoi ce quartier ?! Ça fait un quart d’heure que je déambule et je n’ai pas croisé une seule boutique. Pas même une boulangerie ! Je tourne le dos à la grille du parc. Si je me souviens bien, il devrait y avoir une supérette dans le coin. Je décide de prendre à droite. Je passe devant de nombreux petits commerces mais tous sont fermés et semblent à l’abandon. Un homme assis sur un trottoir lève vers moi son visage rougeaud et cri des paroles incompréhensibles avant d’éclater d’un gros rire gras. Je continue sans le regarder et tombe 300 m plus loin sur une vieille épicerie familiale délabrée, cachée dans un renfoncement de la rue. Je rentre en soupirant de soulagement, bien contente de me mettre au chaud, avant de me rappeler – Vite, faire demi-tour, tant pis, il y en a sûrement d’autre des épiceries dans le coin, sortir, avant d’être repérée ! Une voix retentit de derrière le comptoir. 

    ??? – Je peux vous aider, mademoiselle ?

    Je me fige, je reconnais cette voix, bien qu’elle soit plus vibrante qu’avant, fragilisée par l’âge. Je veux faire comme si je n’avais pas entendue et sortir d’ici, mais ne peux pas m’empêcher de me retourner. En face de moi, en grande partie cachée par sa caisse enregistreuse, se tient une minuscule vieille dame au visage familier. Une multitude de sensations contradictoires me submergent et je reste quelques secondes pétrifiée, fixant le regard fatigué et avenant de l’épicière, mais de toute évidence la vieille dame ne m’a pas reconnue. 

    Léo – Merci, je vais me débrouiller.

    Je me dirige à grand pas vers un étalage de fruits et légumes, m’empressant de lui tourner le dos. S’ensuit plusieurs minutes pendant lesquelles je remplis méticuleusement mon panier sous le regard curieux de l’épicière avant que cette dernière ne décide de briser le silence. 

    ??? – C’est la première fois que je vous vois dans le quartier, vous venez d’emménager ?

    Je n’ose pas croiser son regard et lui répond sans me retourner. 

    Léo – Oui, je suis arrivée aujourd’hui. 

    ??? – Vous avez un léger accent. Vous êtes Anglaise ?

    Léo – J’ai vécu pratiquement toute ma vie aux États-Unis mais je suis née ici. 

    ??? – Ah ?

    Mince, qu’est-ce-qui me prend de lui dire ça ! Maintenant la vieille dame me dévisage vraiment. Je présente mes articles à la caisse et elle me fixe en fronçant légèrement les sourcils, ses yeux disparaissent dans son visage ridé. 

    ??? – Maintenant que j’y pense vous me faites vraiment penser à quelqu’un.

    J’attends en retenant mon souffle mais le visage de la vieille s’affaisse de tristesse. 

    ??? – Mais c’est impossible, ça bien longtemps que cette personne nous a quittée.

    Puis elle attrape mon panier et commence à enregistrer mes achats. Quand je sors de la boutique, un sac de course dans chaque main, je n’ai plus aucune force dans les jambes, mais la vieille dame me regarde toujours alors je marche d’un pas faussement assurée jusqu’à l’entrée du parc dans lequel je me précipite. Je marche de plus en plus vite sur le chemin de terre qui mène au centre du parc. En passant derrière le tertre, j’arrive sur une grande esplanade où se côtoient balançoires et bancs, juste à coté d’un grand terrain de basket. Je m’effondre sur l’une des balançoires en posant lourdement mes sacs de courses, et j’enfouis mon visage dans mes mains et reste là, immobile, sans respirer. Ah, merde ! Comment j’ai pu oublier ! Cette épicerie a toujours été tenue par cette famille ! La trouille, heureusement qu’il n’y avait que sa grand-mère ce soir ! J’allume une cigarette, donne un coup de pied rageur sur le sol pour m’élancer en arrière avant de me laisser bercer doucement. Le vent froid me pique les yeux, me souffle aux oreilles. Pendant quelques minutes je me retrouve aveugle et sourde, complètement coupée du monde qui m’entoure, entièrement focalisée sur la tempête dans mon crâne. Il vaudrait mieux éviter de retourner là-bas sinon elle finira par me reconnaître. Pourquoi faut-il que je ressemble autant à ma mère ? J’ai bien fait de me teindre les cheveux avant de revenir. Si j’étais restée brune, c’était mort. Heureusement qu’elle ne m’a pas reconnue, elle l'aurait tout de suite prévenu. Qu’est-ce-que j’aurai pu lui dire s’il avait appris que je suis revenue après tout ce temps ? Quelques minutes plus tard, je finis par m’apaiser et je remets les pieds au sol, arrêtant la course de la balançoire. Je jette la clope à laquelle je n’ai même pas touchée. J’essuie mes yeux embués avec ma manche et me lève, revigorée. Mais alors que je saisis les sacs de course à mespieds, mon corps est comme parcouru d’un courant électrique et je reste paralysée. Quelqu’un. Il y a quelqu’un qui me regarde.

     


     

    Je sens qu’il est tout prêts, je n’arrive pas à savoir où exactement, je n’arrive pas à me retourner, je ne sais plus s’il vaut mieux regarder ou ne pas regarder derrière moi. Pas de panique. C'est juste un mec du quartier qui se promène. Rien d'anormal. Je finis par tourner lentement la tête et l’aperçoit, une silhouette sombre, immense et silencieuse qui me fixe. Un frisson me parcours le dos et une peur irraisonnée me tétanise. Il faut que je me calme, c’est normal à cette heure qu’il y est encore du monde dehors, ça ne peut pas être …
    Quand je décide enfin à avancer, j’ai l’impression que mon corps ne me répond plus. Il est lourd et ralentit, mes pieds se traînent dans les graviers et la poussière en raclant. Derrière moi, les mêmes raclements, plus rapides et assurés que les miens. Je tourne la tête brusquement et regarde par dessus mon épaule. Mais … il me suit ? Il est entrain de me suivre là, non ? Au prix d'intenses efforts, je parviens à forcer mon allure et j’entends que lui aussi presse le pas. Vite ! J’accélère. Derrière la colline. J’accélère encore. Encore 50m. Enfin je me met à courir ... mais lui aussi ! Arrivée en haut de la colline je dévale la pente à toute vitesse et dans ma course perd mes sacs, sans m’en rendre compte. Maintenant je cours à toute vitesse, arrive en trombe sur le chemin en bas de la pente et…

    BAM ! 

    ??? – Bordel, mais c’est quoi ça ?

    Je me retrouve projetée à terre et reste assise là, sans lever la tête. 

    ??? – Ça va, Quentin ? 

    Quentin – Cette meuf vient de me foncer dedans, putain. 

    ??? – Hé, les gars …

    Il y a un moment de silence et je sens le type que je viens de percuter passer derrière moi. 

    Quentin – Vous cherchez quelque chose, m'sieur ?

    Il y a un bruissement dans l’herbe, sur la colline, mais aucune réponse. 

    ??? – Tu ferais mieux de dégager de ma vue ! 

    ??? – Ouais les mecs comme toi, on les castre ! Allez, cours !

    Enfin les bruissements s’éloignent et disparaissent. J’ai toujours le regard cloué au sol. 

    ??? – Il est partit … Ça va ?

    Je veux répondre mais rien ne sort de ma bouche. Je veux relever la tête, impossible. Je continue à fixer mes poings serrés, posés sur le sol. 

    Quentin – Hé, on te demande si ça va alors répond bordel ! 

    ??? – Quentin !

    L'un d'eux s’accroupit en face moi, si prêt que ses mains apparaissent dans mon champ de vision, de grandes mains abîmées, pleines d’égratignures et de cloques. 

    ??? – Il est partit, tu peux prendre ton temps pour te calmer. On ne bougera pas d’ici tant que ça n’ira pas mieux.

    J’arrive enfin à lever la tête et à faire face à un groupe de 3 garçons, entre 18 et 25 ans, tous fringués de la même façon : blousons noirs, jeans noirs, couleur ou coupe de cheveux extravagantes et je devine de nombreux piercings bien que je ne distingue pas bien les visages de ceux qui sont debout. Le jeune homme accroupit tout prêt de moi doit avoir à peu près mon âge, il a les cheveux mi-longs, reflets bleu foncé au-dessus d’une base noire, attachés haut, et rasés sur la nuque jusqu’aux oreilles, de nombreux piercings, des bijoux massifs en cuir et en argent. Le genre de garçon ouvertement rebelle, qui traîne tard dans la nuit avec des loubards plus âgés et dont les adultes et les « gens biens » se méfient. Et il est là, à me regarder droit dans les yeux, la tête légèrement penchée en avant et visiblement inquiet. Je me sens étrangement en sécurité. J’arrive enfin à répondre, les yeux perdus dans le vague et la voix éraillée. 

    Léo – Thank you.

    Je viens de parler en anglais sans m’en rendre compte. Ils restent un moment silencieux. L’un des deux autres garçons émet un long sifflement entre ses dents. 

    Quentin – Hé, Marc ! C’est pas le moment.

    Le garçon accroupi me sourit, visiblement rassuré. J’essuie précipitamment mes yeux avec la paume de ma main, un peu honteuse, et relève la tête pour le remercier de nouveau. Mais il ne me regarde plus dans les yeux, il fixe ma gorge, les yeux ronds et le teint livide. Brusquement il tend la main, saisit quelque chose au niveau de mon col et je me retrouve tirée vers lui. Je ferme les yeux par réflexe. 

    ??? – Léo ?

    Le temps s’arrête. Je reste immobile, les yeux toujours fermés, en espérant qu’il s’agisse d’une erreur. Mais l’un d’eux renchérit. 

    Marc – Léo ? LA Léo ? 

    Quentin – Comment ça ? Qu’est ce que ça veut dire ? C’est qui cette fille ? 

    ??? – Tu es bien Léo, n’est ce pas ? Léonore Maillard ?

    J’ouvre un œil, son visage est quasiment collé au mien et il me scrute sous tous les angles. Dans la pénombre, j’aperçois une légère cicatrice vers le coin extérieur de son œil gauche. Ah, c’est donc pour ça. Pas étonnant que je me sois sentie en sécurité tout à coup. Je laisse échapper son nom entre mes dents, comme un sifflement. 

    Léo – Dan … 

    Marc – Alors c’est elle ?! C’est bien elle ?! 

    Quentin – Ferme là, Marc ! Daniel, c’est qui cette fille à la fin ? Pourquoi est-ce que tout le monde s’excite !

    Je veux revenir en arrière, tout effacer et faire semblant de ne pas connaître ce type. Puis, comme de toute façon je suis grillée, j’envisage sérieusement de prendre la fuite. Sauf que je n’arrive pas à me lever. 

    Dan – Merde, je n’arrive pas à y croire ! C’est bien toi.

    Je réfléchis à toute vitesse, trouver une excuse, n’importe quoi, quelque chose pour nier, mais en voyant le visage de Dan se fermer tout à coup ma gorge se serre. 

    Dan – Depuis combien de temps t’es revenue ?

    Sa voix est sèche et autoritaire. Il regarde les sacs de course éparpillés par terre et son expression se durcit encore un peu. 

    Dan – Il est au courant que t’es là ? 

    Léo – Non ! Ce n’est pas … Je …

    Mais Dan n’attend pas ma réponse. Il se lève brusquement et me tourne le dos. Je regarde de nouveau le sol et ne dis plus rien. Il y a un moment de silence pesant que personne n’ose interrompre. Puis perdant patience, l’un des deux autres garçons vient s’asseoir en tailleur en face de moi en soupirant. 

    Marc – Hé, on ferait mieux de te raccompagner chez toi, tu ne crois pas ?

     


     

    L’ambiance est lourde sur le chemin du retour. Marc s’efforce d'alimenter la conversation avec enthousiasme, mais sans succès. Tout devant, bien qu’il ai insister pour porter mes sacs, Quentin fait ouvertement la gueule. Dan marche un peu à l’arrière, sans rien dire, en regardant le vide comme s’il était en colère contre lui. Déjà, j’aperçois mon immeuble. Merde, qu’est-ce-que je dois faire ? Ce n’était pas prévu ça. Mais bon sang, pourquoi a-t-il fallu que je tombe sur lui dès le premier jour ?! Je ne m’arrête pas. Je continue à marcher sur encore deux rues avant de m’arrêter devant un grand immeuble délabré. 

    Léo – C’est là que je suis, je squatte chez une tante. 

    Marc – Ah … et où est ce que t’habite, sinon ? 

    Léo – New-York.

    Je sens Dan se retourner brusquement, presque dans un sursaut, et me fixer avec étonnement, mais je m’efforce de ne pas le regarder. Je récupère mes sacs et les remercie encore de m’avoir raccompagnée, tentant de les faire partir. Mais ils ne bougent pas d’un pouce. 

    Léo – Il faut que je monte. Ma tante va s’inquiéter.

    Marc s’approche de moi et parle dans un chuchotement que je suis seule à pouvoir entendre. 

    Marc – Je suis désolé que Daniel ai réagit comme ça … Tu devrais me donner ton numéro, quand il sera calmé il voudra sans doute te contacter.

    J’en étais sûre. C’est le moment que je redoutais. Pour la première fois depuis bien longtemps, je crois que je vais vraiment pleurer. Mais, le regard froid et distant, je laisse échapper un éclat de rire, mesquin et faux. 

    Léo – Non, je ne pense pas que ce soit nécessaire.

    Personne ne répond. Je continue en fixant le sol, mes joues et mes yeux brûlant de plus en plus. 

    Léo – Désolée si je n’ai pas été assez claire mais je n’ai aucune intention de revenir comme avant. Je n’ai aucune envie de renouer les liens avec des gens qui ne représentent plus rien pour moi et je suis ravie que ce soit un sentiment partagé.

    Dan me saisit brusquement par le coude et me force à lui faire face. Son visage est très sévère et sa voix plus grave et menaçante. 

    Dan – Pourquoi tu mens ?

    Je continue à fixer obstinément le sol. Je sais que si je le regarde ce sera foutu. 

    Léo – Je ne vois pas de quoi tu parles. 

    Dan – Depuis le temps que je te connais, tu pense encore pouvoir me mentir ? J’ai toujours su quand tu étais sincère ou pas, et ça depuis qu’on est petit. 

    LéoTU NE ME CONNAIS PAS !

    Je n’ai pas pu m’empêcher de crier et les trois jeunes hommes restent figés, abasourdis. J’ai de plus en plus de mal à refouler mes larmes, mes yeux brûlent tellement que je suis obligée de les fermer. 

    Léo – Qu’est-ce-que tu sais de moi au juste ? Comment peux tu penser un instant que je suis restée la même après tout ce qui s’est passé ?

    Dan reste un moment sans comprendre. 

    Dan – Comment ça, « tout ce qui s’est passé » ?

    Je n’arrive pas à réfléchir, le seul mot qui tourne en boucle dans mon crâne est « Pourquoi ». Pourquoi ? POURQUOI ! Et tout à coup, sans raison, je suis en colère. Contre le monde entier. Ce monde qui a continuer à tourner sans moi mais qui refuse d'oublier. Je pousse alors un hurlement, tellement puissant que Dan lâche mon bras par réflexe. Libre, j’en profite pour m’enfuir à toute jambe en direction de mon immeuble, laissant mes courses en plan. Ils sont trop étonnés pour penser à me rattraper. J’arrive en moins de deux dans ma rue et monte quatre à quatre les escaliers avant de m’enfermer dans l’appartement. Je reste là, appuyée contre la porte d’entrée, plusieurs longues secondes, haletante, une boule dans le ventre, les jambes flageolantes. Silence. Ils ne m’ont pas suivis. Un goût de sang acide et chaud me remonte de la gorge et m’attaque les dents. Je glisse le long de la porte sans pouvoir me rattraper en jurant en anglais et me retrouve allongée sur le parquet du couloir. 

    Léo – Fuck, fuck, fuck …

    Tout devient noir.


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  • Une voix pleure, seule dans le noir. Je suis désolée, je suis désolée. Elle répète des excuses déchirantes encore et encore. Ne m'en veux pas, je ne le ferais plus.


     

    J'ai mal au dos, j'ai froid. J'ouvre un œil dans un frisson et parcours du regard les longues lattes du parquet jusqu'au fond du couloir. J’aperçois la lumière du jour par l’entre-bâillement de la porte de la cuisine. Je me lève douloureusement. J'ai faim, mais mes courses sont restées sur un trottoir. Tant pis, ça passera avec une clope. Je me désape et sème mes fringues à travers tout l'appartement jusqu'à la douche. Je laisse un moment l'eau chaude couler sur ma nuque et mon dos endoloris. Ça n'arrange rien. Je sors, attrape une serviette et en enroulant mes cheveux dedans mes doigts restent accrochés, j'ai toujours la chaîne autours du cou. Je saisi les pendentifs, tire furieusement dessus cassant net la chaîne que je jette à travers la pièce. J'attrape mes Marlboros et m'en allume une, assise sur le rebord du lavabo. Je reste là plusieurs minutes à regarder ma fumée se mélanger à la buée et monter jusqu'au plafond. Après m'être séchée, je farfouille rageusement dans une de mes valises en froissant et éparpillant tous les vêtements qu'elle renferme. Où sont passés tous mes fûtes, putain ?! Je n'ai pris aucun vêtements d'hivers en partant ou quoi ? Pourquoi il y a autant de fringues immettables dans mes affaires ? J'ai vraiment porté ça ?! Par dépit, je retourne la valise pour la vider sur le sol et enfile ce qui me tombe sous la main : jean – sweat à capuche – rangers. Je ne prend même pas la peine de me regarder dans le miroir de l'entrée et sors en claquant la porte. Avant de sortir de l'immeuble, je reste un moment à regarder de chaque côté de la rue – à droite, à gauche, à droite, à gauche – puis je m'élance à grandes enjambées vers la station de tramway la plus proche.

    Je regarde défiler le paysage par la vitre, de nombreuses silhouettes indistinctes squattent les trottoirs, se protégeant du froid avec des couvertures miteuses. Vingt minutes plus tard, en arrivant au niveau du quartier des affaires et des hauts buildings de grandes entreprises il n'y a plus aucune trace de clochards et autres zonards. Plus on s'approche du centre et plus les rues sont propres et bien entretenues. Je descend à la station « centre-ville ». C'est la pause déjeuner et les rues sont bondées d'exécutive women en jupe crayon et d'étudiants en polo, agglutinés sur les terrasses dans une masse informe et bruyante profitant des dernières heures de soleil. J'observe un moment les gesticulations pathétiques de ces gens qui se parlent mais qui ne s'écoutent pas. Les passants courent pratiquement dans la rue et me bousculent sans me voir. Ça me déprime. Et pendant un instant je regrette New-York. Apparemment « à taille humaine » ne veut pas forcément dire plus chaleureux. Je flâne sur l'avenue principale et mon rythme de croisière en agace plus d'un. Quand ils arrivent enfin à me dépasser, après 5 affreuses secondes perdues à cause de moi, ils me lancent des regards assassins. Fatiguée du marathon des passants je me faufile dans une ruelle perpendiculaire à l'avenue principale. Cachés là, de petits groupes d'hommes se tiennent sur chaque pas de porte, ils se parlent à voix basses et me suivent des yeux quand je passe près d'eux, comme s'ils cherchaient à me reconnaître. Mon regard tombe sur une enseigne miteuse où on déchiffre difficilement : « Coffee.net ». J'entre. 

    Ambiance feutrée et sale. Des clients, installés dans les petites pièces privées, semblent avoir passé la nuit ici. Le rasta derrière le comptoir enfume la pièce principale en allumant un énième bâton d'encens bon marché. Je passe devant lui, on échange un signe de tête sans parler. Il est trop défoncé pour ouvrir la bouche. Je m'installe devant un poste d'ordinateur déjà allumé et me connecte sur google : « job seeker ». Je ne me souviens plus du mot en français : job, travail ... recherche de travail ? Je regarde autours de moi et mon regard croise celui d'un homme au look tellement tape-à-l’œil que je me demande comment j'ai fait pour ne pas le remarquer plus tôt. Baggy clair, grosse ceinture Gucci, chemise violette ouverte sur un marcel blanc, grosses chaînes dorées autours du cou agrémentées de divers pendentifs massifs : Chanel, un symbole dollar, un revolver à la « scarface », de nombreux tatouages lui couvrent les avants bras et les mains... Il me fixe du fond de la pièce, je l'ignore et retourne sur mon écran. Du coin de l’œil, je le vois qui se lève et se dirige vers moi, l'air de rien. Bon sang, pas discret le mec. Il passe derrière moi et je sens son regard se poser sur mon écran. Laissant tomber tous faux-semblants, il pose une main sur le bureau et se penche au-dessus de moi.

    ??? - Du travail, hein ? C'est pas là-d'ssus que tu trouveras des trucs intéressants. Si tu veux j'peux t'rencarder sur quelques affaires.

    Sans attendre la réponse il s'assoit sur la chaise à côté de moi et passe son bras autours de mes épaules. Je continue à fixer l'écran, l'air glacial.

    Léo - Non merci, ça ira.

    Mais avant que j'ai finis ma phrase il a déjà posé une main sur ma cuisse.

    ??? - En t'voyant de plus prêt je m'dis que t'es vraiment mignonne. Une fille comme toi d'vrais pas trimer, j'suis sûr que tu t'ferais du fric facilement.

    J'ai envie de vomir, mais je lui souris. Il répond à mon sourire, sans comprendre. En quelques fractions de secondes mon coude se retrouve dans la mâchoire du type et il tombe à la renverse. Je me lève d'un bond et le toise de toute ma hauteur.

    Léo – J'ai dis « non merci », connard ! Ne pense pas pouvoir me tripoter comme ça te chante !

    Je lui fous mon pied violemment dans le ventre et profite qu'il est le souffle coupé pour sortir. Personne ne se lève, rapide coup d’œil sur la scène et ils retournent à leurs affaires. Le patron me refait un signe de tête quand je passe devant lui, le regard dans le vague.

    Une fois arrivée dehors, je presse le pas. Pas envie que le type me rattrape ou appelle des copains. Je m'enfonce toujours plus loin dans le dédale de ruelles sans nom. Les gens me regardent passer de leur fenêtre ou du pas de la porte, j’entends des commentaires, des menaces, certains me demandent de leur acheter des trucs dont je ne comprend pas la nature. Je réalise soudainement que je ne suis pas vraiment la bienvenue ici. Dix minutes plus tard, à bout de souffle, je débouche sur la grande place de la cathédrale. De nouveau le ballet frénétique des gens bien sapés. 16 heure, la cloche sonne quatre coups . Je n'arrive pas à reprendre mon souffle, j'ai la tête qui tourne, mes jambes tremblent et je n'arrive pas à réfléchir correctement. Ça fait plus de 24 h que je n'ai rien mangé. Je m'assois contre un mur.

     


     

    ??? - Un problème ?

    Je lève la tête vers une toute petite jeune femme brune, légèrement plus âgée que moi, qui vient de s’arrêter à ma hauteur.

    Léo – ça va aller.

    Je me relève d'un bond, décidant de rentrer chez moi mais perd l'équilibre, la fille m'attrape par le coude et me retiens avec une assurance surprenante malgré sa toute petite taille.

    ??? - Vous êtes vraiment pâle. Vous feriez mieux de manger quelque chose.

    Je n'arrive pas à rétorquer. Une minute plus tard je me retrouve assise à la table d'un restaurant vétuste avec cette parfaite inconnue, qui claque la bise au patron et commande en espagnol. Elle se tourne vers moi avec un sourire.

    ??? - Désolée de vous avoir embarquée comme ça.

    Léo – Pour l'argent …

    ??? - Laissez tomber, cet endroit est tenu par de la famille éloignée.

    Une des serveuse pose déjà une grande assiette de charcuteries et de fromages sur la table poussiéreuse, tout en nous saluant d'une voix forte et enjouée, dans un flot ininterrompu de paroles que je ne comprend pas. Le patron l'appelle de la cuisine et elle se précipite. Je regarde l'assiette. Me voyant hésitante et troublée, la jeune femme assise en face de moi me sourit.

    ??? - laissez-moi deviner, vous pensiez sans doute que personne dans cette ville ne viendraient en aide à un inconnu ?

    Je garde le silence. La jeune femme se sert et pousse l'assiette vers moi pour que j'en fasse de même. Tout en engloutissant plusieurs tranches de différents jambons secs j'observe ma bienfaitrice du coin de l’œil. À cause de son look très classique, on pourrait la prendre pour l'une de ces executive women croisées plus tôt. Mais quelque chose dans son attitude me laisse perplexe. Elle a une posture plus désinvolte, des mouvements amples et chaleureux et elle me regarde droit dans les yeux quand elle me parle, d'une voix franche et joyeuse.

    ??? - Je ne peux pas vous en vouloir. Depuis plusieurs années les gens d'ici on du mal à se faire confiance. Drôle d'endroit pour faire du tourisme.

    Léo – Je vis ici.

    ??? - Oh, je vois. Avec votre accent j'ai cru que vous n'étiez pas d'ici. C'était idiot de ma part.

    Elle éclate de rire. Je reste complètement décontenancée devant cette fille joyeuse et amicale mais ne peux pas m’empêcher de sourire. Je m'en veux en peu d'avoir mis toute la ville dans le même sac.

    Léo – Je viens d'arriver en fait. Il y a encore quelques jours je vivais aux États-Unis.

    ??? - Pourquoi venir ici ?

    Léo – Raison personnelle. Je suis née ici.

    ??? - Vraiment ? Vous êtes partie quand ?

    Alors que je m’apprête à lui répondre, je m’arrête soudainement. Qu'est-ce-qui me prend ? Normalement devant autant de questions je me serais refermée comme une huître et aurais sortit tout un tas de mensonges. Je ne sais pas si c'est à cause de la faim ou parce que je suis soulagée de rencontrer quelqu'un de chaleureux mais j'ai énormément de mal à mentir à cette fille. Devant mon silence, elle se rattrape.

    ??? - Ah, désolée ! Déformation professionnelle. Je suis journaliste. Enfin, j'essaye de l'être. Normalement je suis assez douée pour que les gens se confient à moi. Mais avec vous ça ne marche pas aussi bien que d'habitude.

    Léo – Non ... Je veux dire, ce n'est rien. Je n'aime pas vraiment parler de moi.

    ??? - Je vois.

    Elle reporte son attention sur la fenêtre qui donne sur la rue, l'air grave.

    ???- Il s'est passé beaucoup de chose ici. La ville n'est plus ce qu'elle était.

    Je ne dis rien. Elle fouille dans une de ses poches intérieures et me tend une carte de visite sombre. Je la prend et la lis : « Chez Ed. »

    ??? - Ce bar cherche quelqu'un. Allez voir le patron de ma part.

    Léo – Comment savez vous que je cherche du travail ?

    Elle hausse les épaules en souriant:

    ??? - Tout le monde en cherche.

    Je retourne la carte et lis le dos. Il s'agit d'un bar de nuit ouvert de 23h à 6h qui se trouve dans le quartier sud.

    ??? - Le quartier est un peu craignos et c'est un travail de nuit. Mais c'est un travail honnête contrairement à la majorité des affaires qu'on peut vous proposer ici. N'en parlez à personne et allez les voir rapidement. J'y vais souvent donc on pourra s'y revoir.

    Elle se lève, attrape son manteau.

    ??? - En fait, je ne crois pas que je me sois présentée : je m'appelle Ninon.

    Elle me tend la main avec un grand sourire, je la saisi maladroitement et hésite un instant.

    Léo – ... Alice.

     


     

    Je me laisse bercée par les roulement de la rame. Il est 18h et il fait trop sombre dehors pour voir quoique ce soit à travers la vitre du tram, alors je finis par fermer les yeux et m'assoupir. Je suis réveillée en sursaut par le crachotement agressif des enceintes lorsque le conducteur annonce le terminus. J'ai loupé mon arrêt. Je m'extirpe du wagon et suis machinalement les passagers qui vont tous dans la même direction. Une dizaine de minutes plus tard, je sors enfin de ma torpeur et me rend compte que je suis seule et qu'il n'y a pas d'éclairage. Je prend à gauche et me retrouve devant la petite épicerie de la veille. Je rabat la capuche de mon sweat sur mon visage et rentre les mains dans mes poches. Mais au moment où je passe devant l'enseigne j’entends une petite voix s’égosiller.

    ??? - Oh, c'est la demoiselle Américaine.

    Je lève alors la tête vers la petite grand-mère qui s'approche de moi à petits pas claudiquant et un large sourire aux lèvres.

    ??? - Vous feriez mieux de vous couvrir, il fait frais en cette saison.

    Léo - C'est gentil de votre part mais ce n'est pas la peine de vous inquiéter.

    Mais elle m'attrape déjà par le bras et me tire dans sa boutique.

    ??? - Rentrez donc. J'ai quelque chose de parfait pour vous réchauffer.

    Elle disparaît précipitamment derrière le comptoirs. Je n'aime pas trop l'idée d'être là mais n'ose pas partir. Lorsqu'elle revient, elle est enveloppée d'une odeur familière et elle me fourre dans les mains un petit sachet en papier remplit et chaud.

    ??? - C'est une de mes spécialités. C'est un …

    Léo - Beignet au poulet.

    La vieille dame me regarde étonnée et je me mords la lèvre, me maudissant dans mon fort intérieur.

    ??? - Oui, tout à fait ! Ils en font aussi aux États-Unis ?

    Je ne sais pas quoi lui dire, alors j'étale un faux sourire sur mon visage. Le silence est coupé par une voix profonde qui appelle de la porte.

    ??? - Mamé ?

    Je me retourne en sursautant et reste pétrifiée. La petite dame trottine vers l'entrée du magasin et attrape la main d'un grand jeune homme à lunette avant de le tirer joyeusement jusqu'au comptoir.

    Mamé - Je vous présente mon petit-fils, Thomas. Il vient souvent m'aider à la boutique après la fac

    Elle le regarde et ajoute, la voix pleine de fierté :

    Mamé - Il fait des études de droit.

    Le jeune homme me regarde par dessus ses lunettes et me sourit poliment. Le regard plein de douceur, la posture timide. Il n'a absolument pas changé. Je continue de le fixer sans rien dire et sans penser à lui rendre son sourire. Le beignet me brûle les doigts mais j'ai l'impression de geler. Je sais que je dois lui répondre avant qu'il ne se doute de quelque chose mais ma voix reste bloquée. La vieille dame continue les présentations, agrandissant mon mal aise :

    Mamé - Tom, c'est la jeune femme dont je t'ai parlé. Celle qui vient des États-Unis mais qui est née ici. Peut-être vous êtes vous connu à l'école quand vous étiez enfant ? D'ailleurs, je suis désolée mais j'ai oublié votre prénom …

    Je me ressaisis dans un sursaut et lui répond précipitamment, d'une voix étranglée.

    Léo- Alice !

    Tom - Il ne me semble pas avoir connu une Alice, désolé.

    Léo – Ah …. Je ne suis jamais allé à l'école. Mon père travaille dans les relations internationales et il est souvent appelé à déménager alors il préférait que je suive ma scolarité à la maison …

    Les mensonges coulent hors de ma bouche sans que je puisse les contrôler. Je parle de plus en plus vite. Ma voix est mal assurée, elle tremble et je manque de m'étrangler à chaque mot. Je regarde le sol en priant pour qu'il y croit. Il me fixe toujours. Je veux sortir d'ici. Il me sourit. C'est toujours le même sourire, comme quand on était enfant.

    Tom – Ravi de faire votre connaissance.


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  • Comme vous pouvez le voir, ce blog va demander encore beaucoup de travail avant d'être fonctionnel, sympa, "et tout et tout". Les images viendront bientôt. Pour l'instant je vous invite à découvrir Les premiers chapitres de ma première histoire: "A quelques instants de l'oubli".


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  • Il est bientôt une heure, je ne dors pas. Mon corps est épuisé mais mon esprit en ébullition me maintient éveillée, ça fait des heures que je tourne en rond, vide mes cartons, remplie ma penderie, range mes fringues par couleur, m'occupe comme je peux. Maintenant je suis assise sur le rebord de ma fenêtre, une jambe dans le vide, et je contemple la nuit. La nuit m’apaisait avant, comme une vieille amie, comme si la vie se mettait en sourdine et tournait au ralentie. Tout me semblait doux et anonyme. Mais ça fait longtemps que la nuit ne m’apaise plus. C’est sensé être une nuit de pleine lune mais sa lueur a du mal à traverser l'épais manteau de nuages noirs. Le vent est froid mais j'ai l'impression de me consumer de chaleur. J'attrape du bout des doigts ma veste posée sur mon matelas et fouille mes poches pour en sortir mon paquet de clopes, je le secoue, il est vide. Je le regarde avec colère et remarque que la fine carte de visite noire que m’a donné plus tôt la jeune femme est restée collée au plastique. En soupirant je fais tourner le carton sombre entre mes doigts. Puis prenant ma décision je me dirige vers la penderie, ouvrant violemment les portes en grand. Je reste un moment à regarder mes fringues que je viens de ranger. Premier t-shirt, je l'enfile puis l'enlève, deuxième haut, pareil. Bientôt les vêtements se retrouvent tous au sol, tout autours de moi. J'en prend un le met, le garde une à deux minutes avant de me raviser et de le jeter par terre. Encore indécise et à moitié nue je me poque devant le miroir de la salle d'eau. J'attrape un vanity et vide son contenu dans le lavabo avant de consciencieusement m'étaler divers produit sur la tronche. Je recommence le même rituel obsessionnel: je matifie mon teint pâle, je colore mes lèvres, noircit un peu plus mes yeux, puis enlève tout à grand renfort de démaquillant avant de recommencer. J'attache mes cheveux, les détache. Tentant de devenir quelqu'un d'autre, jamais totalement satisfaite de ma transformation, je recommence.

     



    Je monte dans le dernier tramway. J'ai l'impression de me laisser entraîner et de me perdre dans le ventre torturé de la ville, presque coupée du monde par mes écouteurs criant un titre de Royal Blood : « YOU CAN BE SO CRUEL … CRUEL WORLD ! » et que j'arbore ostensiblement comme une levée de bouclier. Je remonte mon col et cache ma bouche dans mon écharpe, je regarde le sol pour ne pas croiser de regard. Mais même dans cette bulle que je m'efforce d'ériger me parviennent encore certains éclats de voix et quelques commentaires :

    ??? - Mates-moi ça !
    ??? - Pas mal, elle pourrait être mannequin.
    ??? - Aucune chance, t'as vu son cul ?
    ??? - N’empêche, je la ramènerai bien chez moi ... »

    C'est de moi dont ces trois idiots gominés et ivres-morts parlent ? Je continu à marquer le rythme de ma musique, m'économisant une longue et éreintante altercation qui s'avérerait complètement inutile. Je me contre-fous de ce genre de crétins qui se permettent de parler des femmes comme ils choisiraient une voiture : « Préféreriez vous la coupée sport ou le format familial ? Certains modèles ont du caractère mais d'autre seront plus facile à manier. Et votre choix pour la couleur ? Nous avons de nombreuses options susceptibles de vous intéresser, le client est roi. » Je retiens un rire. Jugez moi autant que vous voudrez. Après tout, j'en fais de même avec vous.

    Arrivée au bout de la ligne, je finis par m’échapper du tram bondé. Il pleut, je n'ai pas de parapluie. Je remonte une nouvelle fois le col de ma veste avant de disparaître dans la foule qui se bouscule hors du tramway. Je marche encore 20 minutes sur le boulevard en direction du sud. Je suis trempée jusqu'à l'os quand j'arrive devant le bar. « Chez Ed. ». Les vitres sont teintées et les grosses basses d'une soupe électro-danse semblent s’échapper du sol. Affichées sur la façade plusieurs pancarte colorées annoncent les heures de shows de strip-tease. Merde, c'est quoi ce plan encore … Un tout petit bout de papier froissé scotché au-dessus de la poignée précise que « le bar ne cherche plus de danseuse mais un serveur, sans expérience accepté si grosse motivation »  . Je soupire. Je ne suis pas vraiment motivée, restée enfermée toutes les nuits dans une salle sombre où de vieux pervers viennent matés des filles se dessaper sur du Gradur … Je ne suis pas sure de pouvoir le supporter ! Mais je n'ai pas d'autre plan; Et pour quelqu'un sans expérience et sans diplôme comme moi, je ne suis pas sûr qu'il y est mieux. C'est pas comme si je pouvais rester sans rien faire.

    Je perçois sous le capharnaüm de la musique et le grondement de la pluie battante, des éclats de voix en provenance de la ruelle attenant au bar. Encore des poivrots qui ne trouvent rien de mieux à faire que de se foutre sur la tronche ? J'avance la main vers la sonnette quand j'entends la voix d'une femme.

    ??? -  Mais puisque je vous dis que je ne suis pas danseuse !

    J’hésite, la main en suspend devant la sonnette. La femme parle de plus en plus fort, sa voix semble anxieuse.

    ??? - Bon, ça suffit! Je ne suis pas intéressée!

    Je me dirige vers la ruelle et jette un œil. Un groupe de 5 gars, plus louches que bourrés entourent une frêle jeune femme dont je ne distingue pas le visage. Ils lui bloquent le passage, l’empêchant d’atteindre la porte de service. L’un d’eux la retient fermement par le poignet. Malgré la situation elle semble tenir tête à ces types.

    ??? - Tu sais tu pourrais gagner le double si tu venais chez nous.

    Elle pousse un soupire excédé.

    ??? - Vous ne m’écoutez pas quand je vous parle?

    L’un d’eux la frôle de sa grosse main.

    ??? - Allez, viens avec nous. On a de quoi s’amuser tous ensemble.

    Elle repousse sa main violemment, sans un mot, le regard noir. Le type devient menaçant, s’élevant de toute sa hauteur au-dessus d’elle.

    ??? - Tu te prends pour qui salope ?

    Voyant son poing se lever je m’interpose, presque par réflexe. J'apparais soudainement entre elle et le poing qui reste en l'air. Le temps semble se figer. Personne ne m’a entendue arriver. Je regarde droit dans les yeux le type en face de moi quand j’entends dans mon dos la jeune femme s’agiter et murmurer.

    ??? - Léo…

    De surprise je me tourne vers elle et reconnais dans la pénombre les traits de la jeune femme qui m’est venue en aide plus tôt dans la journée. C’est quoi son nom déjà? Nina ? Ninon. Non, attend, plus important: Comment elle connait mon véritable prénom ? Juste derrière elle, le type qui lui tient fermement le bras a exactement la même réaction.

    ??? - Ah ! Boss, c’est la fille d’hier.

    Merde, c’est le type du « coffee.net » que j’ai amoché, tu parles d'une coïncidence... Un énorme bleu, assortie à sa chemise violette, s’étire de sa mâchoire inférieure à sa tempe. Il lance un regard nerveux à un homme qui se tient un peu à l'écart et que je n'avais pas remarqué. Il est le seul d’entre eux à porter un costume, bien coupé, probablement fait sur mesure. Il semble être le plus balaise des six. Pas forcément de carrure mais il dégage quelque chose de plus imposant. Il porte de fins gants en cuir, pas le genre de type à se salir les mains. Il me regarde fixement et un grand sourire froid s’étale sur son visage lorsqu’il s’adresse à moi d’une voix roque:

    Leader - Alors c’est toi qui s’amuse à humilier les hommes de German.

    Mais qu’est-ce-qu’il me raconte, je comprend rien. Merde, j’aurais du rester chez moi. Je pousse un soupire. Cette réaction inhabituelle semble rendre les hommes nerveux et ils commencent à m’encercler en beuglant - « Pour qui tu te prends », « On ne cherche pas les hommes de German », « Tu vas avoir affaire à  nous, fillette » - Blablabla, je n’écoute même plus. Toujours ces mêmes conneries que les grandes gueules ressortent pendant une baston. Ninon parvient à se dégager de l’étreinte du type qui la retenait et vient se placer entre moi et le type en costard comme pour me protéger.

    Ninon - Laissez-la tranquille ! Elle n’a rien à voir avec vous !

    Leader - Il aurait fallu apprendre à ta copine à rester à sa place.

    Un des hommes sort une lame d’un geste menaçant, Ninon recule d’un sursaut et je me place de nouveau devant elle, lui pressant furtivement le poignet. Je chuchote pour qu'elle seule puisse m'entendre :

    Léo - Dès que tu peux, tu te casse de là.

    Ninon - Quoi ?!

    Je couvre sa voix indignée en m’adressant directement au grand type en costard.

    Léo - Si vous laissez la fille partir, je veux bien jouer avec vous.

    Leader - Pour qu’elle aille prévenir quelqu’un ? Je vous en prie mesdames, soyez raisonnables.

    Un des types élance son bras vers elle pour la retenir. Je le saisis par la manche et d’un mouvement lui fais perdre l’équilibre. Il s’affale par terre dans un cris. Je pousse violemment la jeune femme dans le dos la projetant vers l'avenue éclairée.

    Léo - Barre toi de là !

    Ninon se précipite hors de la ruelle et je tente de la suivre. Je suis stoppée net dans mon élan par une poigne puissante qui me saisis par l’épaule et en un instant je suis projetée contre le mur. Mes pieds glissent sur le sol détrempé et je sens un poing se ficher dans le crépis juste au-dessus de mon crâne. Par réflexe, j’envoie valser le type d’un coup de pied dans le ventre et me redresse d’un bond pour m'enfuir. Je suis déjà encerclée. Celui que je viens d’envoyer balader, se relève en grognant et sort un flingue qu’il pointe nerveusement sur moi. Merde. Je les prenais pour des petits malfrats, mais ces types ... C'est du sérieux. Putain, mais quelle soirée de merde ! Le type en costard, qui n’a pas bougé d’un pouce depuis le début, claque ses mains très fort l’une contre l’autre en riant.

    Leader - Je le reconnais, t'es balaise. Tu me plais bien, petite. Malheureusement, plusieurs de mes associés semblent avoir des comptes personnels à régler avec toi

    Il écarte les bras d’un air désolé et les autres se précipitent sur moi. J’évite un premier coup, puis un deuxième. Je fais perdre l'équilibre à l’un d’eux qui m’entraîne dans sa chute, je lui fous ma tête dans la mâchoire et tente de me relever. Mais un premier coup de crosse de revolver m’atteint à l’omoplate, un coup de pied dans le ventre m’arrache un gémissement et je me retrouve sur le dos, retournée comme une crêpe, la vision brouillée par la douleur, la pluie et la poussière. Au-dessus de moi apparait une silhouette imposante qui pointe son flingue vers mon visage. Ah, à bout portant ... Pas sûre qu’il reste quelque chose de mon visage. Ça me réconforte un peu. J’entends à peine la voix profonde du type quand il me sort sa phrase d’adieu digne d’un mauvais film de gangster.

    Leader - C’est comme ça que le German règle ses comptes, petite.

    BANG !

    La rue est parcourue d’un flash de lumière. Mes yeux se ferment par réflexe. Est-ce-que je suis morte ? Si c'est ça, ce n'est pas si mal. Je ne ressens aucune douleur ...

    ??? - Arrêtez-ça!

    Deux hommes sortent en trombe par la porte de service du bar qui vient de claquer bruyamment contre le mur. J'aurais pourtant jurer qu'il s'agissait d'un coup de feu.

    ??? - J'ai prévenu la police ! Elle sera là d'ici quelques minutes !

    Le type fait claquer sa langue d'agacement et d’un geste du menton fait signe à ces acolytes qu'ils s'en vont. Les silhouettes disparaissent.

    ??? -  Mais qu'est-ce-qui t'as pris, putain !

    Je lève les yeux et aperçois le visage de Dan, arrêté à quelques mètres de moi, essoufflé et en colère. Bordel, je suis tellement soulagée que je suis obligée de fermer les yeux pour ne pas pleurer. Je reste là, étendue au sol. Sonnée et immobile. Dan soupire et s’approche de moi à grande enjambée. Reprenant soudainement conscience de ce qui se passe, je me relève en hurlant.

    Léo - N’APPROCHE PAS !

    On se fixe de loin pendant plusieurs longues secondes avant que je prenne mes jambes à mon cou. J'entends sa voix qui hurle dans mon dos.

    Dan - Pourquoi est-ce que tu fuis encore ? Léo!

     


     

    ATCHAA ! 

    Ah, je vais crever. J’ai du attraper une saloperie à gambader sous la pluie. Je me retourne sur le dos pour contempler le plafond, le matelas humide de sueur me colle à la peau. J’ai toujours été une mauvaise malade. Ça me rappelle trop de mauvais souvenirs … Putain, j’ai l’impression d’étouffer. Je veux sortir.

    Je ne me rappelle même plus comment je suis sortie de mon lit. Comme une veille habitude, mes pas me dirigent vers le grand parc de mon enfance. Je passe les majestueuses grilles rongées par la rouille. Mon corps est lourd et faible mais ma tête semble flotter, très loin, au dessus de mon corps. J’ai l’impression d’avancer dans un rêve brumeux. Je ressens tout ce qui m’entoure avec une nouvelle intensité: L’odeur acide des feuilles mortes gorgées de la pluie de la veille, le chant ahurissant du vent dans les arbres nus qui se mêle au rythme effréné des jets de la fontaine. Seul les assauts du froid ne semblent pas pouvoir m’atteindre. J’ai chaud, bon sang ! Je dessers mon écharpe qui m’empêche de respirer et me rapproche de l’étang. Je fixe, sans les voir, les canards qui glissent sur la surface verte de l'eau. J’essaye de reprendre mon souffle avec de grandes inspirations mais mes poumons ne font que s’empire d’un air surchargé de flotte. J’enfouis mes mains dans les poches de ma veste et sens quelque chose de froid dans le tissu molletonné. J’y crois pas … Je sais déjà ce que c’est avant même de le sortir. Je lève au niveau de mon visage les deux pendentifs d’enfant, se balançant au bout de la fine chaine d’argent. Le fermoir est cassé depuis mon mouvement d’humeur de la veille. Je les enferme dans mon poing. C’est quoi votre problème à la fin ? J’ai beau essayer de me débarrasser de vous, je vous retrouve toujours sur mon chemin ! Putain de souvenirs qui me collent aux basques comme une malédiction ! Je lève le bras haut au-dessus de ma tête et tente de les jeter dans l’étang. Mais ma main reste fermée, mon bras à mi-course. Pourquoi je n’y arrive pas ? Après plus de dix ans ça ne devrait même plus compter. Pourquoi je reste accrochée à un passé que je devrais vouloir oublier. La nostalgie, l’attachement, tous ces sentiments que je pensais avoir effacer à jamais et qui me donnent envie de vomir. Merde !

    Je remets soigneusement le collier dans ma poche et décide de rentrer. Quand je me retourne je me retrouve nez à nez avec une petite personne qui semble surgir comme dans un cauchemar et qui affiche un sourire triste.

    Ninon - Je pensais bien te croiser là.

    Comme dans un flash tout me revient. Ninon Sancharez … la grande sœur de Dan. Elle était souvent chargée de nous surveiller quand on était gosses. Maintenant que j’y pense elle n’a pas tellement changé … Comment est-ce que j’ai fait pour ne pas la reconnaitre ? Je tente de m’éloigner sans rien dire. Mais elle m’emboite le pas en débitant un flot ininterrompue de paroles.

    Ninon - Je voudrais que tu m'écoutes. S'il-te-plait, Léo! Ce parc, Je vous y amenais tous les trois quand vous étiez petits. Ça me faisait plaisir de vous voir jouer ensemble, vous étiez vraiment inséparables. Et au moins, quand tu étais avec nous, tu ..

    Je me retourne vers elle brusquement, je dois avoir l’air terrible car elle semble en perdre ses mots.

    Léo - J’accepte de t'écouter. Mais avant j'aimerai que tu m'accompagne quelque part.

    Ninon me regarde tristement et acquiesce comme si elle s’y attendait.

    Pendant de longues minutes on marche cote à cote sans rien se dire. On a quitté le parc par la sortie nord. On est toujours dans le même quartier mais les rues n’ont rien à voir avec celles de la partie sud. Ce sont de grandes avenues bordées d’arbres. Avec de grandes propriétés des années 50 dissimulées derrière de hautes grilles, figées dans une autre époque et qui ne vieillissent plus. Tout semble immobile, même le temps.

    On finit par s’arrêter devant d’immenses grilles. Contrairement aux autres celles-ci sont marquées par des années sans entretien, les gonds et la poignée sont rouillés, la peinture noire s’écaille par endroit et les mauvaises herbes ont envahies les murs et le pas de porte. Il n’y a plus de verrou mais une lourde chaine cadenassée scelle l’accès. On reste un moment à fixer les grilles sans rien faire ou dire, puis j’approche doucement la main vers le lourd cadenas comme si je voulais le saisir et l’arracher. Ninon me saisie la main.

    Ninon- Tu n'es pas encore prête à revenir ici.

    Léo - Qu'est-ce-que tu en sais ?

    Ninon - Si tu l'étais, tu serais venue seule.

    Elle a raison. J’arrache rageusement ma main de son emprise et à cette instant une puissante nausée me secoue tout le corps. Je perd un peu l’équilibre et plaque ma main contre ma bouche. J’ai du mal à respirer. Je me redresse péniblement et tourne les talons.

    Léo - Je rentre.

    Ninon - Ah, laisse-moi t’accompagner.

    Je ne répond pas et elle m’emboite de nouveau le pas, restant un peu en arrière. Je marche très vite mais chaque pas est un véritable calvaire. J’ai l’impression que je vais m’effondrer à tout instant. Arrivée dans le parc, j’accélère encore. Ninon a de plus en plus de mal à me suivre et fini aussi essoufflée que moi. Brusquement, elle élève une voix puissante, comme pour me retenir.

    Ninon - Désolée, mais notre rencontre n'était pas une coïncidence!

    Je continue ma route sans ralentir et lui répond froidement.

    Léo - Dan t'a dit que j'étais là.

    Ninon - Il n'en a pas eu besoin, je le savais avant lui.

    Léo - Depuis quand tu me surveille ?

    Ninon - … Ta première arrestation à New York.

    Je m’arrête brusquement. Ça doit faire 5 ans. Quand je repense à tout s'est passé durant ces 5 années … J’en ai des sueurs froides. J’ai l’impression que tout mon être se tord dans une silence affreux. Ninon continue à parler dans mon dos avec un débit ahurissant.

    Ninon - Je n'ai rien dit à Dan si ça peut te rassurer. Le connaissant il aurait pu sauter dans un avion pour te sortir de ce merdier et je ne te parle même pas de Tom. Ne m'en veux pas mais te retrouver a été une des raisons de mon choix de carrière.

    Léo - Pourquoi ?

    Ninon - Pour savoir ce que l'on me cachait, et parce que je refusais d'oublier comme on me demandait de faire. Et puis je ne supportais pas de le voir triste.

    Les phrases de Ninon me parviennent sans que je n’en comprenne le sens. Mais je n'ose pas demander plus d'explication. J’ai chaud, mon front et mon dos dégouline de sueur, ma vision se trouble. Je veux rentrer le plus vite possible mais mon corps refuse de m’obéir.

    Ninon - Léo, il faut que tu accepte de …

    Léo - Je ne peux pas

    Ninon - Pourquoi ? Parce que tu as fait quelques conneries de jeunesse ?

    Léo - C’est bien plus que quelques conneries

    Ninon - Tu es revenue, c'est que t'essaye de tourner la page, non ?

    Tout est flou devant moi. Mon dieu, qu'est-ce-que J’ai mal au crâne ! Je me tiens la tête dans les mains et continue à parler malgré moi.

    Léo - Je ne suis pas revenue, j'ai fui !

    Ninon - Fui ? Quoi ? Est-ce qu’il …

    Ninon s’arrête de parler d'un coup. Je ne vois plus rien, je suis perdue dans un monde d’ombres. J’ouvre la bouche mais aucun son n’en sort.

    Ninon - Léo, tu es sure que ça va ?

    Le sol se dérobe sous mes pieds. Ninon crie quelque chose que je ne comprend pas. Je n’entends plus que des éclats de voix indistincts, des bruits de pas étouffés, comme si quelqu’un me maintenait la tête sous l’eau. Et tout à coup, une voix distincte, douce et rassurante :

    ??? - Ça va aller. On va l'emmener chez moi.

     


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